Le récit
Ce matin, l'histoire d'une sainte dont on n'est même pas sûr qu'elle ait fait ce qu'on lui attribue… mais dont l'abbaye, elle, est toujours debout.
Nous sommes le 20 octobre, et aujourd'hui, on fête sainte Adeline.
Pour la comprendre, il faut d'abord parler de son frère. Vital est chapelain de Robert, comte de Mortain, le demi-frère de Guillaume le Conquérant. Sa Vie, écrite plus tard, raconte qu'il ose menacer le comte de faire rompre son mariage s'il continue de battre sa femme. Puis, vers 1095, Vital quitte tout. Il part vivre en ermite dans les forêts, aux confins de la Normandie, du Maine et de la Bretagne. Des disciples le suivent, et il fonde l'abbaye de Savigny.
Vital fonde aussi une communauté de femmes, près de Mortain. Et c'est là qu'apparaît Adeline. Selon la tradition, elle est sa sœur. Attirée comme lui par la vie religieuse, elle rassemble des femmes près de Mortain, et quand son frère fait bâtir un couvent, elle en devient la première abbesse. Elle serait morte vers 1125.
Ces religieuses portent des habits de laine qu'on ne teint pas. On les appellera les Dames blanches, et leur maison, l'abbaye Blanche. Selon l'historien Patrick Henriet, elle avait une particularité : elle accueillait des filles pauvres, quand les autres monastères n'ouvraient leurs portes qu'aux filles de l'aristocratie.
Mais il faut être honnête. On ne connaît aucune vie ancienne d'Adeline. Pour l'historien Hugh Feiss, spécialiste de Savigny, la première supérieure n'était sans doute pas Adeline, mais une parente de Vital, nommée Amerlina. Adeline a bien existé comme sœur de Vital, mais son rôle d'abbesse reste incertain.
Vital meurt en 1122. Un messager emporte alors un long rouleau de parchemin, de monastère en monastère, en France et en Angleterre. Plus de deux cents églises y inscrivent une prière pour lui. Ce rouleau, de plus de neuf mètres, existe toujours.
En 1147, les maisons de Savigny rejoignent l'ordre de Cîteaux. Et l'abbaye Blanche de Mortain, bâtie aux douzième et treizième siècles, traverse le temps : prieuré, séminaire, hôpital pendant la Première Guerre mondiale. Aujourd'hui, son église, son cloître et sa salle capitulaire sont toujours là, à l'entrée des gorges de la Cance. Et le diocèse de Coutances fête toujours Adeline le 20 octobre.
Ce qu'on peut retenir d'elle, croyant ou non, c'est peut-être cela : on ne sait presque rien d'Adeline, mais la maison qu'on lui attribue, ouverte aux filles pauvres, tient debout depuis plus de huit siècles.
Le 20 octobre, on souhaite une bonne fête aux Adeline, aux Aline, et aux Line.
Demain, saint Hilarion : un ermite de Gaza devenu si célèbre qu'il a passé sa vieillesse à fuir la foule. Et on fêtera les Céline.
Sources
- Particularités du calendrier diocésain de Coutances et Avranches
- ResearchGate
- Wikipédia, « Vital de Savigny »
- WP-en, « Vitalis of Savigny »
- Wikipédia, « Abbaye Blanche de Mortain »
- WP-en, « Abbaye Blanche »
- Mondes normands (université de Caen)
- Catholic Encyclopedia, « St. Vitalis of Savigny »
- Nominis, saint Vital
- L. Delisle, *Rouleau mortuaire du B. Vital*, 1909 (Heidelberg)
- WP-en, « Mortuary roll »
- routes-touristiques.com
- RCF
- WP-en, « Savigny Abbey »
- POP, Mérimée PA00110521
- POP, Palissy PM50003374